Coupe du Monde 2018 : Les observations des entraîneurs du Québec

Les styles de jeu, les individualités en retrait, le succès de la France ou l’effondrement de l’Allemagne. Plusieurs entraîneurs de la province ont livré leurs observations sur la Coupe du Monde 2018. Le soccer est-il en pleine mutation?

Edmond Foyé (Dynamo de Québec) : « Le soccer est en train de changer. L’Italie avait le Catenaccio, le Brésil était festif, l’Espagne brillait par sa possession de balle et l’Allemagne avec sa rigueur. En 2018, la France était tout cela à la fois. Ce sont les équipes hybrides, ayant plusieurs identités, qui ont réussi. La Belgique parle de beau jeu mais elle a su fermer les espaces contre le Brésil. Au niveau international, toutes les équipes se connaissent. Pour remporter un trophée à ce niveau, il faut être imprévisible. Le Real Madrid est une équipe hybride. »

François Bourgeais (St-Hubert) : « Le jeu de possession a été infructueux. La manière de construire comme l’Allemagne ou l’Espagne a profité à des équipes comme la France qui procédait en attaques rapides. C’est aussi la culture de la gagne qui a fait la différence : l’envie de défendre comme des chiens, ensemble. Le plaisir de gagner peut être comme ça. Il n’y a pas de bonne ou moins bonne manière de gagner. La Belgique était séduisante mais on ne doutait pas de cela. Pour gagner, il faut perdre, se prendre cette claque. La France l’a eue en finale de l’Euro 2016. Durant la compétition, toutes les nations étaient bien organisées. Je ne me souviens pas d’avoir vu une Coupe du Monde avec autant de matchs aussi serrés. Maintenant, je souhaite vivement que le Canada s’inscrive dans une logique de formation pour la Coupe du Monde 2026 avec des joueurs nés entre 1996 et 2004. J’ai envie de dire à Soccer Canada : ‘Comptez sur nous! Nous avons des éducateurs compétents au Québec qui connaissent ce métier. En tout cas, j’y participerais avec plaisir!’ On a déjà vécu cela en France. »

Fabien Cottin (Chaudière-Ouest) : « La finale fut à la hauteur de la compétition avec un nombre de buts important. Aussi, j’avais hâte de voir l’efficacité de l’assistance vidéo et je n’ai pas été déçu. Il faut aider les arbitres d’autant plus que le jeu va plus vite et les enjeux toujours plus importants. Elle pourra peut-être aussi arrêter les simulations grotesques. Concernant le vainqueur, la seule façon dont la France pouvait remporter ce Mondial était de laisser la possession à ses adversaires et d’opérer par contres. Didier Deschamps a su convaincre ses joueurs de ce projet de jeu. Il fallait trouver un plan anti-Messi, relever le défi athlétique de l’Uruguay et faire preuve d’une grande rigueur défensive face à la Belgique et la Croatie. Comme tous les champions, le facteur ‘chance’ a aussi opéré avec la blessure de Cavani ou la suspension de Meunier qui a obligé la Belgique à revoir ses plans. »

Sylver Castagnet (Gatineau) : « L’équipe qui a le ballon est devenue vulnérable, comme l’Espagne ou l’Allemagne. J’étais inquiet pour la France après le match contre le Pérou mais le bloc bas a permis de sortir des ballons et de devenir dangereux par la suite. Ce n’est pas plaisant de voir cela lorsqu’on est formateur, mais en tant que compétiteur, on veut gagner. Il faut savoir maîtriser des phases lorsqu’on a le ballon mais aussi lorsqu’on ne l’a pas. Avec 53% de tirs cadrés convertis en buts, la France a fait preuve d’une efficacité redoutable.

Karim Benameur (Etoiles de l’Est) : « Il n’y a pas eu de suite logique dans les matchs, beaucoup de résultats étaient bizarres. Le soccer est cyclique et j’ai l’impression que la domination des équipes adoptant un jeu bien défini s’est arrêtée depuis 2014. On gagne désormais à l’effort, avec un esprit de groupe. La France a gagné avec un bloc très bas et un froid réalisme mains son jeu ne sort pas du lot. D’autres équipes ont joué ainsi. La rigueur défensive primait lors de cette Coupe du Monde et les équipes qui ont pris l’initiative n’ont pas eu de réussite, contrairement aux équipes qui ont su varier leur jeu. »

Anthony Rimasson (Longueuil) : « Nous avons eu une Coupe du Monde intéressante avec des petites équipes dangereuses et spectaculaires. La différence s’est faite sur l’esprit d’équipe. Les équipes qui réussissent ne se reposent plus sur le talent d’un joueur. Dans le même ordre d’idée, les tactiques fixes genre 3-5-2 ou 4-1-4-1 sont révolues. L’important est l’animation collective. Lorsque des équipes comme le Japon ou le Sénégal seront encore mieux armées individuellement, elles feront mal car elles ont une bonne discipline collective. Les grandes nations ont intégré le fait que les phases de poule font partie de la préparation physique pour être au maximum lors des matchs à élimination directe. Cela explique en partie l’élimination de l’Allemagne et de l’Espagne. Enfin, la possession de la balle est plus verticale qu’avant. On hésite moins désormais à casser des lignes sur la première passe. »

Crédit Photo : Le Figaro

Propos recueillis par www.justesoccer.com

 

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