Entraîneurs universitaires d’équipes féminines : « Les États-Unis, ce n’est pas forcément glamour »

Pour une joueuse universitaire, les États-Unis représentent l’Eldorado avec des études payées et un niveau de jeu reconnu internationalement. Mais les entraîneurs québécois s’insurgent contre cette idée reçue et estiment que la donne a changé ces dernières années.

En terme de choix d’universités, forcément il n’y a pas débat. Plus de 3 000 institutions proposent une équipe de soccer aux USA alors qu’elles ne sont que 8 au Québec. Pourtant, les coachs du RSEQ féminin estiment qu’un départ vers les USA est à penser au moins à deux fois : « On commence à offrir un environnement compétitif depuis plusieurs saisons, assure Jose Luis Valdes, le coach de McGill. Nous avons un préparateur physique, un docteur, un physio et une nutritionniste. L’argent est bien plus présent que dix ans auparavant. » Malgré tout, de jeunes universitaires n’hésitent pas à franchir la frontière pour rejoindre la meilleure équipe possible : « Certaines partent par pression sociale, poursuit l’entraîneur. Mais des Québécoises commencent à rester. Je pense à Marie-Joëlle Vandal ou Arielle Roy-Petitclerc qui sont reconnues au niveau international tout en restant au Rouge et Or. De plus, l’avantage pour les joueuses restant ici est que leur coach les connait. »

L’environnement est certes un critère important mais qu’en est-il du niveau de jeu? « J’ai affronté huit équipes américaines en cinq ans avec l’UQAM, raconte Alexandre Da Rocha. On a croisé des filles au top physiquement : vitesse, puissance et endurance… On a perdu 3-0 contre Penn State, le champion 2016. Mais lorsqu’on sort du Top 20 des universités américaines, des centaines d’autres équipes sont égales à nous. » D’ailleurs, trois joueuses de l’UQAM, Marie-Yasmine Alidou D’Anjou, Julia Liguori et Marie-Pierre Gougeon, ont arrêté leur aventure aux USA et sont revenues sur Montréal. « Elles n’étaient pas satisfaites de leur expérience, poursuit l’entraîneur. Le projet de jeu était trop axé sur des critères de force et de puissance avec beaucoup de musculation. Leur coach formait de très bonnes athlètes mais pas des joueuses de soccer. Si on vise le jeu en priorité, il faut faire attention dans quelle université on s’engage. »

Au niveau des finances, les aides américaines peuvent dépasser les 30 000$ par année : « En effet, mais les coûts n’ont aucune mesure avec le Québec, assure Durnick Jean, technicien des Patriotes. Les prix sont exorbitants là-bas. Si une joueuse reçoit 30 000$ d’aide, il lui faut encore payer peut-être 5 000 ou 10 000$ pour financer son année. À Trois-Rivières, on accorde facilement le 100% de bourse selon le niveau des joueuses. Parfois, ce sont 75% voire 50% ou même plus bas. Mais l’endettement n’est pas à la hauteur des chiffres aux USA. Si une de mes joueuses me demandait mon avis, je lui dirais de rester ici. Tous les entraîneurs sont certifiés et l’apport de la PLSQ féminine sera très important, si le calendrier ne créé pas de conflit avec l’universitaire et les équipes s’engagent en nombre suffisant. »

Enfin, Helder Duarte estime que partir aux États-Unis peut être un très beau projet, à condition de clarifier ses priorités : « Je ne pourrai jamais en vouloir à une joueuse qui part vers une université prestigieuse, reconnue pour son équipe de soccer, confie le coach du Rouge et Or. Par contre, on ne peut pas se glorifier de signer dans une université ordinaire juste parce qu’elle est aux États-Unis. » Néanmoins, un départ vers une nouvelle terre peut avoir du bon. Helder Duarte continue : « Pour le développement personnel d’abord : le goût du voyage, l’apprentissage de l’anglais ou bien rencontrer une nouvelle culture. Mais si la joueuse n’est pas retenue par le Rouge et Or ou les Carabins, elle ne peut pas avancer qu’elle tente sa chance aux États-Unis pour le soccer. Là-bas, ce n’est pas forcément glamour. Il faut se poser les bonnes questions. » Enfin, les réussites de Marie-Yasmine Alidou-D’Anjou (OM), Gabrielle Lambert et Arielle Roy-Petitclerc à Albi (D1 française) sont autant de motifs d’espoirs pour embrasser une carrière professionnelle : « Les recruteurs commencent à s’intéresser au Québec, assure le technicien. Pourquoi partir si tu es reconnue ici? »

Crédit Photo : Audrey Magny

La rédaction de www.justesoccer.com

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