Fabien Cottin : « Entre le AAA et la PLSQ féminine, un réseau est de trop »

Depuis 2004, Fabien Cottin entraîne en élite féminine québécoise. Après avoir dirigé le Dynamo de Québec (2004-2007), Cap-Rouge-Saint-Augustin (2008), l’Amiral de Québec (2009), les jeunes de Haute-St-Charles (2010-2015), la sélection provinciale U16 (2015) et finalement Chaudière-Ouest (depuis 2016), le technicien s’est montré rapidement critique face à la création de la PLSQ féminine. À l’approche du début du championnat, son avis n’a pas changé.

Fabien, quels éléments vous interpellent à quelques semaines du lancement de la PLSQ féminine?

Le constat est inquiétant. L’objectif de créer un réseau de compétition dans lequel les meilleures athlètes s’affronteront ne sera possiblement pas atteint. Chaque club de AAA va appréhender la saison 2018 avec ses propres objectifs et visions de la situation. Certains vont jouer le jeu de diriger leurs meilleures joueuses (U17, U19, U21 et séniors) vers la PLSQ alors que d’autres vont vouloir les conserver pour viser une participation au championnat canadien. Au final, l’objectif de la PLSQ ne sera pas atteint et, plus grave encore, cela va donner des championnats totalement déséquilibrés en LSEQ (surtout U17 et séniors)!

La situation antérieure à la PLSQ féminine était-elle satisfaisante?

Dix ans après sa mise en place, il est temps de faire un bilan objectif de la réforme des compétitions. Avec la PLSQ, la Fédération revient à recréer la LSEQ avec une équipe par ARS telle que vécu par le passé : moins d’équipes pour espérer resserrer le niveau de jeu. Qu’a véritablement apporté cette réforme des compétitions et des clubs? La très grande majorité des clubs est assurément mieux structurée, avec notamment un nombre relativement conséquent de personnel salarié aux postes-clés. La quasi-totalité des équipes de clubs possèdent un entraîneur, un gérant, des plages horaires et un endroit physique pour s’entraîner de manière régulière. Donc le parent, qui est aussi client, est satisfait à juste titre. Mais qu’en est-il de la véritable qualité du service offert sur le terrain, particulièrement auprès des joueuses juvéniles identifiées « élites »? Assurément, le niveau AAA est désormais accessible à un plus grand nombre de joueuses mais cela se fait au détriment des toutes meilleures. Ces dernières, éparpillées dans 4 ou 5 clubs d’une même région, cohabitent forcément avec des joueuses d’un niveau souvent beaucoup plus faible et surtout avec un intérêt souvent différent vis-à-vis de sa pratique et par conséquent une ardeur et une rigueur au travail insuffisantes pour un niveau provincial. De plus, ces mêmes joueuses à fort potentiel sont également parfois encadrées par des éducateurs ne possédant pas le niveau suffisant pour entraîner au niveau élite. Beaucoup d’entraîneurs ont été formés au DEP ces dernières années mais le besoin de coachs est si important pour entraîner toutes ces équipes que forcément certaines ne sont pas encadrées conformément à l’exigence du niveau.

Estimez-vous légitime la création de la PLSQ?

J’entraîne en LSEQ depuis 2004. La saison la plus relevée fut celle de 2005 avec une LSEQ formée d’équipes régionales représentant les ARS et sans ligue semi-pro. Toutes les meilleures joueuses y étaient : les soeurs Walsh, Morneau, Bélanger, Bilodeau, Bourcier, Brousseau, Vaillancourt pour ce citer qu’elles. Beaucoup de joueuses avaient le niveau national voire international. Dans ces années-là, les entraîneurs se nommaient John Limniatis, Marc Dos Santos, Andrew Olivieri, Marcelo Corrales, Alexandre Da Rocha… Aujourd’hui, certaines vont jouer soit en PLSQ, soit en LSEQ. Ce n’est pas normal. Entre le AAA et la PLSQ féminine, un réseau est de trop. De plus, certaines joueuses talentueuses vont jouer cet été à l’extérieur de la province ou du pays. Ce qui prouve que l’un des objectifs de la PLSQb à savoir conserver les meilleures joueuses dans une ligue proche de chez nous, n’est pour le moment pas atteint.

Selon vous, le système québécois est-il assez élitiste?

En juvénile, pour avoir encadré un groupe ayant évolué au sein de la réforme des compétitions, de U13 à U18, je n’estime pas normal que des joueuses du programme national côtoient dans une même équipe et dans un même niveau de compétition des joueuses de niveau très inférieur. Mais c’est la réalité de la ligue élite, accessible à un trop grand nombre de joueurs et passage obligé pour avoir un nombre suffisant d’effectif par équipe. De plus, il n’est pas vrai que nous pouvons faire de toutes les joueuses à disposition des athlètes de niveau AAA, et ce même avec la plus grande volonté du monde. Je prends l’exemple de la région Québec. Il existe trois équipes en LSEQ, plus une PLSQ sans compter les catégories U19 et U21. Ce n’est pas vrai qu’il existe plus de 80 joueuses DE PLUS DE 18 ANS DE NIVEAU ÉLITE DANS LA SEULE RÉGION DE QUÉBEC! Du moins, ce n’est pas la notion que je me fais de ce niveau. Depuis les quinze dernières années, les clubs sont mieux structurés mais en terme de qualité de service, de formation, de réseau de compétition offerts à notre élite, nous avons régressé.

Quelles sont les pistes de solution?

Une des solutions serait éventuellement de diminuer le nombre d’équipes LSEQ chaque année pour arriver en senior avec un nombre maximum de 8 équipes en volet féminin et 10 en masculin. Je ne prétends pas posséder la vérité, ni prétendre apporter toutes les solutions, mais je m’attends à ce que les gens en place et responsables du développement de notre sport fassent un vrai bilan, en profondeur, notamment des dix dernières années, particulièrement concernant l’élite. En revanche, si tout le monde est satisfait de ce que nous produisons, continuons ainsi, mais nous resterons un sport majoritairement récréatif, certes avec des idées et des ambitions élitistes mais sans réelles mesures pour les atteindre.

Les transferts AAA 2018

Propos recueillis par www.justesoccer.com

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