Helder Duarte : une vie pour le soccer, un héritage pour le Québec

Helder Duarte nous a quittés voilà près d’un an. Passionné et investi dans le soccer, il a énormément créé durant ses activités de joueur, d’entraîneur et de technicien. Certains de ses proches racontent leurs tranches de vie avec lui et ce qu’il a apporté à la province.

L’histoire d’Helder commence à Sept-Îles dans les années 60. « Il est quasiment né là-bas, raconte Arthur Bilhete. Il y est débarqué avec sa famille alors qu’il était encore bébé. On s’est connu rapidement car nos familles sont d’origine portugaise et nos pères étaient conducteurs de train pour une compagnie minière. Ce n’était plus un ami, mais un frère. » Les deux compères partageaient leur enfance ensemble mais le soccer n’était pas encore un centre d’intérêt : « Helder pratiquait plutôt le judo et le handball. C’est bien plus tard, lorsqu’il a reçu un ballon pour Noël de sa grand-mère de Boston, qu’il m’a demandé de me montrer quelques mouvements dans un parc. Je l’ai donc amené au club de soccer à 16 ans. Il faut savoir qu’à Sept-Îles, la ligue était composée d’Africains, de Sud-Américains et d’Européens dans les années 70-80. Le niveau était très intéressant pour ce coin du Québec. » Les deux amis enfilaient alors le maillot et la révélation pour Helder ne tarda pas : « Il a commencé attaquant. Mais notre gardien se blessa lors d’une rencontre et il s’est porté volontaire pour le remplacer. Ensuite, il n’a plus jamais quitté les cages. »

Le soccer prend une place plus importante dans sa vie. « Pendant deux ans, nous avons coaché des équipes juvéniles en job d’été, poursuit Arthur Bilhete. Il coachait déjà des U16 féminines. Après le CEGEP de Sept-Îles, il est parti à l’université de Moncton. C’est là-bas qu’il a pris une autre envergure dans les buts. Il est devenu plus confiant et expérimenté. Il a même été nommé recrue universitaire. Bien qu’il était blagueur et que la culture de l’entraînement quotidien n’était pas en vigueur, il s’investissait pleinement et avec sérieux. »

Après trois ans à Moncton, retour au Québec et plus précisément à Saint-Georges-de-Beauce : « Il avait rencontré quelqu’un et il a eu un contact pour jouer dans le senior compétitif, continue Arthur Bilhete. Il s’est engagé pendant trois années dans cette équipe à la fin des années 80. » « Je me souviens de notre première rencontre, on était adversaire, explique Vincent Fortier, son collègue des débuts à l’ARSQ. J’entraînais les Caravelles de Sainte-Foy, nous étions la meilleure équipe de la région. On s’est affronté en séries et il a bien arrêté trente tentatives lors du match aller. Son équipe évoluait à dix tout le long du match et a tenu le nul 1-1. Au match retour, il réalisa la même prestation et le score resta vierge. Son équipe se qualifia grâce au but marqué à l’extérieur. C’est là qu’on a commencé à se connaître. L’année suivante, on restructurait le soccer à l’Association régionale de Québec. Avec Pierre Clermont, nous étions trois à créer le soccer élite à l’ARSQ. On cherchait les meilleurs filles et garçons de la région. Helder s’occupait des féminines et lorsque Pierre Clermont est parti pour Trois-Rivières, il est devenu entraîneur cadre à l’ARSQ. C’était aussi les débuts du Dynamo. »

Helder en faisait toujours plus et lança même son académie de gardien de but : « Je l’ai assisté dans la création et le développement de Guardagol, poursuit Vincent Fortier. On a développé ce poste dans l’ARSQ. Un jour, nous avons découvert une gardienne avec un jeu aux pieds exceptionnel! On a décidé de la solliciter à sortir davantage de ses buts. Avec un pressing de l’ensemble de l’équipe, on voyait que l’on était très confortable. On a donc décidé d’éduquer toutes nos gardiennes dans ce sens. Et d’autres équipes ont commencé à nous imiter. Ce fut la même chose lors des sélections régionales. Durant tout ce temps, on n’a jamais tiré la couverture vers nous. Helder ne cherchait pas cela. Au contraire, il avait de profondes valeurs de fair play et de respect. Je l’ai vu rendre des ballons même pendant des rencontres importantes. Le travail, la stratégie, le talent et l’effort… Tout cela représentait ses valeurs. »

Parallèlement, il se lançait à corps perdu dans la section féminine du Rouge et Or : « Helder croyait tellement en son projet qu’il a financé avec son propre argent la première saison de l’équipe féminine. Lorsque l’université de Laval a vu que c’était viable, elle l’a ensuite aidé, » se souvient Samir Ghrib, son alter-ego chez les masculins et auparavant adjoint. Plus de vingt ans plus tard, le coach du désormais redoutable Rouge et Or féminin a remporté deux titres universitaires nationaux en 2014 et 2016 : « Mais il est toujours resté le même, poursuit le coach de Beauport. Toujours prêt à rigoler sur le terrain. Notre relation avait évolué comme un couple. On avait fini par nous accepter pleinement avec nos qualités et nos défauts. C’était impossible de se fâcher avec lui. Il avait toujours le don de désamorcer les situations. »

Même s’il les a quittées très tôt, Helder avait un point d’ancrage au Québec avec les Açores, sa terre natale. Un intérêt partagé avec Alexandre Da Rocha, lui aussi originaire de ce coin de l’Atlantique : « On s’est connu en 1997. Il avait recruté certaines de mes joueuses pour les Jeux du Canada. Helder était devenu le premier entraîneur cadre de la Province. C’est lui qui a mis en place les camps espoirs U12 et U13. » Forcément, les deux techniciens ont appris à se connaître et partager même des projets : « On songeait à organiser un voyage aux Açores pour préparer nos équipes universitaires tout en faisant connaître nos îles à nos joueuses, poursuit le coach de l’UQAM. C’était quelqu’un de profondément humain et sincère. Sa bonne humeur était aussi importante lorsque parfois on sentait la lourdeur lors de conférences téléphoniques avec les autres entraîneurs du RSEQ. Il disait n’importe quoi pour détendre l’atmosphère. »

Des projets, Helder n’en manquait pas : « Il attendait que je parte à la retraite pour qu’on reprenne une équipe ensemble à Québec, soupire Arthur Bilhete. Je vais peut-être le faire… pour lui. »

Le parc à proximité de l’école Montagnac à Lac-Beauport, dont il a participé à la réalisation, porte désormais son nom.

La rédaction de www.justesoccer.com

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