Stéphane Arsenault : « La gestion du soccer est malade »

Stéphane Arsenault n’est plus directeur général de la Fédération du Québec depuis vendredi dernier. L’ancien dirigeant du soccer provincial a accepté de revenir sur son congédiement en répondant à nos questions.

Stéphane, Comment avez-vous appris votre congédiement?

Vendredi dernier, à 11h05, j’ai été rencontré par M. Pierre Marchand, président de la FSQ, et Mme Nathalie Teso-Wagner, présidente de l’ARS Lanaudière. M. Marchand m’a annoncé mon congédiement sans aucun préavis, effectif sur le champ.

Quelle a été votre réaction?

Tout d’abord, une totale surprise. Tout s’est fait sans préavis. Ensuite, l’incompréhension parce qu’on ne m’a pas donné de motifs concrets, factuels ou documentés. J’ai été avisé à 11h05, on m’a demandé de remettre mes effets à 11h10, j’ai fait le tour du bureau pour saluer mon équipe et à 11h25, j’étais dans mon auto en route pour la maison. En l’espace de 20 minutes, je suis passé de DG sortant d’une rencontre sur un projet d’avenir à… assis dans mon auto à ne rien comprendre.

Quel sentiment ressentez-vous à ce sujet?

D’abord, un profond sentiment d’injustice. J’ai la ferme conviction (partagée par plusieurs) d’avoir été mis à la porte parce que j’ai osé dire « non » à une demande de mon président. Je suis amer, car le processus de gouvernance menant à mon congédiement a été détourné. Finalement, on a porté atteinte à ma réputation professionnelle en alléguant que je n’ai pas fait mon travail.

Quelles sont les raisons qui ont été avancées pour justifier cette décision?

Très peu de raisons claires m’ont été communiquées outre les éléments suivants :

  • Ça ne pouvait pas continuer comme ça entre moi et Pierre Marchand;
  • Nous avions des divergences de points de vue sur la gouvernance;
  • Selon l’évaluation de mon rendement faite par le Comité d’appréciation du DG de la FSQ le 22 août (dont je n’ai eu aucun écho ou feedback), il y avait un problème avec mes résultats.

Le comité d’appréciation a été constitué et convoqué en urgence « pour m’évaluer » à mi-probation. Ce qui me préoccupe et me fâche le plus, c’est que je n’ai pas vu mon évaluation. On ne m’a jamais donné d’objectifs à long terme et j’ignore sur quels critères j’ai été évalué. Je n’ai pas été impliqué dans cette « pseudo évaluation ».

De plus, le conseil d’administration a voté sur une recommandation pour mon congédiement, par courriel, sans même avoir eu le « supposé » rapport d’évaluation. Un administrateur m’a confié que chaque membre du CA a été contacté individuellement pour assurer le vote.

Bref, pour moi, tout était arrangé et même si j’avais réussi à augmenter le membership de 5,000 joueurs à moi tout seul, j’étais « lynché sans avoir pu me défendre ».

Que retirez-vous de votre expérience à la FSQ?

Ce que je retiens le plus de mon passage, c’est la passion des gens qui aiment le soccer. Dans les régions du Québec, les clubs, les ARS et dans l’équipe de la permanence de la FSQ, les gens aiment le soccer.

Pour le moment, j’admets que je conserve un certain arrière-goût de mon court passage de 6 mois au sein de la FSQ, mais je suis serein quant à ma contribution. Je suis arrivé en poste en pleine tourmente médiatique, je crois avoir rapidement défendu les intérêts de la Fédération et de ses membres.

Je sais que j’ai agi depuis le début en toute transparence et en lien avec mes valeurs et ma vision démocratique d’une saine gestion et d’une saine gouvernance. Je suis allé au front pour mon organisation. Tout cela a été vite oublié.

Malheureusement, la gouvernance de la fédération a créé certains petits royaumes, des régions dans lesquelles la politique prend le dessus et où les intérêts et la soif de pouvoir de certaines personnes relèguent au second rang les intérêts supérieurs du soccer. Il faut tout faire pour éliminer la « politicaillerie » et toutes les formes de conflits d’intérêts de notre réalité, pour mettre l’accent sur le service et garder le soccer attrayant pour tous.

Quelles sont les missions que vous auriez aimé achever avant de partir?

D’abord, j’aurais aimé compléter ma tournée des régions qui était entamée depuis mars dernier et qui me permettait de rencontrer les gens sur le terrain et d’échanger au sujet de leurs besoins de leurs réalités. Combien de fois j’ai entendu « Enfin, la Fédé vient nous voir et écoute vraiment ce que nous avons à dire ».Nous aurions pu bâtir ensemble suite à cette tournée. J’espère que les régions ne perdront pas espoir et que tout sera mis en œuvre pour rester à leur écoute.

Ensuite, j’aurais voulu avoir la chance de conduire le changement en collaboration avec les parties prenantes. Je croyais pouvoir aider à instaurer une culture nouvelle, axée sur le service avec en son centre les joueurs/joueuses, pas les dollars.

J’ai senti une grande soif de changement et d’amélioration partout où je suis passé… ou presque. J’avais un plan à cet effet, le CA ne m’aura jamais donné la chance de le mettre à l’épreuve. Nous aurions pu au moins essayer…

Finalement, j’aurais voulu aider à rétablir l’équilibre et l’équité entre les régions du Québec. La Côte-Nord, la Mauricie ou encore l’Est-du-Québec font partie de la même fédération que Lac St-Louis, Laval ou les Laurentides. Allez leur demander comment elles se sentent soutenue ces « petites régions » comme elles sont trop souvent appelées.

Quel regard portez-vous sur le soccer au Québec?

D’emblée, comme on me l’a fait remarquer méchamment peu de temps avant mon renvoi, «je n’ai que 6 mois d’implication dans le soccer, pas 35 ans comme certains ». C’est donc en toute humilité avec mon vécu comme coach, bénévole, parent et administrateur que je m’exprime ici.

La pratique du soccer est pure et belle, inspirante et dynamique. Il y a de la place pour tous dans le soccer et ses variantes comme le futsal, le « beach soccer » et le soccer adapté. Il y a du grand talent au Québec.

La gestion du soccer, elle, est malade. À commencer par sa gouvernance. Le modèle sur papier a au sommet de la pyramide la FSQ, qui chapeaute les ARS qui chapeautent les clubs. Ce modèle ne fonctionne pas et doit être repensé. Dans certaines régions, certains clubs sont tellement « gros » qu’ils dictent les décisions des ARS et font « à leur tête ».  Certaines ARS ont trop d’influence par rapport à d’autres. Je pense qu’il est temps que Canada Soccer vienne jeter un œil et imposer les correctifs nécessaires, pour le bien de la fédération et des membres.

Mon souhait le plus cher est que le travail amorcé sur la définition du rôle des clubs porte ses fruits et amène la clarté nécessaire pour que tous s’entendent. Nous sommes à une croisée des chemins.

Je crois aussi que le temps est venu pour une nouvelle génération de régir le soccer. Apprenons les leçons et enseignements des bâtisseurs, mais ayons le courage de faire ce qui est nécessaire pour faire avancer le sport et « sortir les décideurs du confort de leur pantoufles »!

Enfin, c’est devenu trop compliqué aujourd’hui de jouer au soccer au Québec. Nous devrions viser la libre circulation des joueurs. Éliminer les entraves et ouvrir les frontières entre nos clubs, nos régions, en adaptant notre réglementation. Favoriser les ententes avec nos voisins en Ontario et au Nouveau-Brunswick pour aider au développement des jeunes en régions. Tout le monde sera gagnant, sauf peut-être ceux dont la préoccupation principale se résume à l’argent.

Allez-vous rester dans le monde du soccer après cela? 

Tant que mes filles voudront jouer au soccer, je m’y intéresserai, comme je le fais depuis plus d’une douzaine d’années. Je ne suis pas du genre à fermer les portes et si une opportunité me permettait de contribuer à faire grandir les choses, dans un club ou une région… qui sait?

Je comprends que ce n’est pas le soccer québécois ni même la Fédération qui m’a congédié injustement le 25 août. Et comme je ne suis pas rancunier…

D’ailleurs, je tiens à remercier tous ceux et celles que j’ai croisés depuis 6 mois. De Gatineau à Bonaventure, de Rouyn-Noranda à Trois-Rivières en passant par Québec, Montréal et Laval. À ceux et celles avec qui j’ai échangé et qui font tellement pour le sport, CHAPEAU et MERCI.

La rédaction de www.justesoccer.com

Autres articles intéressant

Les Carabins féminins championnes nationales!
Maxime Blouin, arbitre de l’année : « Je vais continuer à me dépasser »
Le Rouge et Or masculin termine la saison régulière en trombe