Les transferts vers l’Europe : du rêve à l’arnaque

Beaucoup de jeunes Québécois rêvent d’Europe : devenir joueur professionnel, être reconnu publiquement et gagner beaucoup d’argent. Sauf que la réalité est cruelle. Si certains agents de joueurs sont honnêtes, beaucoup n’hésitent pas à faire rêver le joueur et sa famille contre quelques milliers de dollars. Justesoccer.com a contacté des entraîneurs français qui nous ont expliqué ces pratiques.

  • Un club professionnel paye les frais : Cela peut paraître évident au départ mais beaucoup tombent dans le piège. Un club professionnel ne fera jamais payer un essai ou une détection à un joueur qu’il souhaite évaluer voire recruter. Au contraire! D’ailleurs, dès qu’un agent rencontre un entraîneur pour proposer un essai payant, le technicien ne donne jamais suite, peu importe le prix. François Bourgeais, entraîneur de Saint-Hubert, dont le fils a rejoint le centre de formation d’Angers cet été, confirme : « Je n’ai rien payé concernant l’essai. Si le contrat est signé, le club s’occupe de l’ensemble des frais. »
  • Un essai dure une semaine maximum : Des agents proposent des voyages de deux mois en Europe pour rejoindre un club contre de l’argent : « Pour des vacances, d’accord, explique un entraîneur français. Sinon il faut entre deux et quatre jours pour qu’un éducateur juge un joueur. Une semaine au maximum si le club a un doute. Que va faire le jeune pendant deux mois en France ou en Italie? Il va jouer contre des équipes de seconde zone et fera peut-être un essai avec le club promis mais le temps lui semblera très long. »
  • Pour jouer en Europe, il faut avoir 18 ans : Certains jeunes non-Européens décident de tenter leur chance sur le Vieux-Continent à 15 voire 16 ans. Une idée courageuse qu’un agent peut utiliser… tout en sachant qu’il faut atteindre l’âge de 18 ans pour jouer en match officiel : « Si le jeune est retenu à 16 ans, que va-t-il faire pendant deux ans? Regardez ses copains jouer?, commente le coach. Ses partenaires vont progresser pendant un an voire deux et lui se contentera des entraînements. Mentalement, ce sera difficile et il progressera moins vite que les autres. Il aura alors beaucoup moins de chances de percer le moment venu. » L’agent gagnera en renommée, mais le joueur aura perdu deux ans.
  • Devenir professionnel, une exigence quotidienne : « On ne devient pas professionnel en claquant des doigts. Les jeunes Européens s’entraînent intensément tous les jours, assure un technicien. Il ne suffit pas que les parents paient pour y arriver. Le monde professionnel est bien plus exigeant. » Pour cela, l’avis de l’entraîneur compte bien plus que celui de l’agent.
  • L’Europe plus forte que le Québec : C’est une logique implacable. Si le jeune joueur n’arrive pas à être supérieur aux autres en AAA, comment espérer pouvoir dominer en Europe où le niveau est bien plus relevé? « Si les académies québécoises n’ont pas repéré le joueur, c’est mauvais signe, poursuit le coach.Le niveau professionnel nord-américain est l’un des plus faibles au monde. On ne peut pas s’y faire repérer facilement. Ici, le meilleur niveau est l’Impact de Montréal puis les universités et le AAA. »
  • U16, un niveau pas assez intéressant : « En France, l’une des destinations privilégiées des Québécois, la structure des championnats est telle que le niveau U16 est régionale mais les choses sérieuses commencent en U18, résume l’entraîneur. Et comme dit précédemment, il ne pourra pas jouer à moins d’une double nationalité avec un pays européen. » Autrement dit, même si le Québécois est au niveau chez les U16, il devra franchir un palier supplémentaire avant d’entrer en U18 qui est un niveau National, sans jouer de match officiel pendant plusieurs mois.
  • Une concurrence féroce : Bien que très jeunes, les joueurs savent que les places sont chères dans les structures professionnelles. « Dans les centres de formation français, certains joueurs de pays lointains comme l’Afrique viennent jouer leur vie!, assure le coach. Ils ont tout misé là-dessus et rien ne les arrêtera. Ce n’est pas comme dans l’esprit de la plupart des Québécois qui viennent juste faire un essai. » Le jeune ne doit pas croire un agent qui lui assure un avenir radieux : « Ils promettent monts et merveilles mais après il n’y a plus rien. »
  • Et la famille? : Partir seul en Europe pendant deux mois en étant adolescent, voilà une tâche compliquée : « En France, un joueur éloigné de sa famille de plus de 50 kilomètres n’a quasiment aucune chance de réussir, avance l’entraîneur. Imaginez un Québécois qui vit un coup de blues alors que ses proches sont à 6000 kilomètres! »

La magie de cette aventure avec un agent véreux se tient dans sa conclusion. L’entraîneur français explique : « Le jeune Québécois va revenir satisfait d’avoir pu faire un essai en Europe et pourra le crier haut et fort durant toute sa carrière. Mais au final, il aura juste perdu plusieurs milliers de dollars. »

Crédit photo : Pixabay.com

La rédaction de www.justesoccer.com 

Autres articles intéressant

Loic Kwemi : « Montrer ce que je sais faire »
Les Carabins féminins championnes nationales!
Maxime Blouin, arbitre de l’année : « Je vais continuer à me dépasser »