« Le dernier penalty » : Et si le football avait changé le sort de la Yougoslavie?

Au début des années 1990, la Yougoslavie est tiraillée par des revendications nationalistes. Cette période déboucha sur une guerre en Europe de l’Est qui se conclut par la disparition de tout un pays. Mais si l’équipe de football avait pu unir tout un peuple durant la Coupe du Monde 1990, l’histoire aurait-elle été différente? « Le dernier penalty » en émet l’hypothèse.

Coupe du Monde 1990 en Italie. La Yougoslavie possède une équipe dotée de joueurs incroyables comme Safet Susic, Dragan Stojkovic, Zlatko Vujovic et Dejan Savicevic. D’ailleurs, les joueurs du sélectionneur Ivica Osim se qualifient en quart-de-finale lors duquel ils affrontent l’Argentine de Diego Maradona, tenante du titre. Après un match disputé, les deux équipes doivent se départager aux tirs au but. Faruk Hadzibedgic, le capitaine, s’élance pour la cinquième tentative de son équipe, Sergio Goycochea repousse le ballon. La Yougoslavie est éliminée. Cet épisode était la dernière chance d’inverser l’Histoire qui se termina par une guerre faisant 300 000 morts jusqu’en 1998, selon Gigi Riva, auteur du livre « Le dernier penalty ».

Les tensions ethniques avaient déjà émergé au mois de mai 1990 lors d’un affrontement entre les supporteurs du Dynamo Zagreb (croate) et ceux de l’Étoile Rouge de Belgrade (serbe). Depuis 1980, les différences religieuses, politiques et économiques se sont progressivement creusées pour alimenter un sentiment de haine et une volonté de séparation à l’intérieur du pays. À quelques semaines de la Coupe du Monde, l’embrasement avait eu lieu… et on ne pouvait rien n’y faire. Le football reflétait les tensions dans la société yougoslave.

Faruk Hadzibedgic est aujourd’hui entraîneur à Valenciennes en division 2 française. Depuis le match face à l’Argentine, ce penalty raté l’accompagne tous les jours. Plus encore lorsqu’il rentre au pays. En Serbie d’abord, à l’aéroport, où le douanier lève les yeux de son passeport : « Ah si vous l’aviez marqué ce penalty. Le destin aurait pu être différent… » Plus tard, en Croatie, à la frontière : « C’est vraiment vous ? Ah si vous n’aviez pas manqué ce penalty… » Et en Bosnie encore, à la porte de chez lui, voilà maintenant un jeune policier qui lui réclame un selfie. « Pas pour moi, pour mon père. Il me répète sans cesse qu’à cause de votre penalty…  »

Gigi Riva, auteur du livre, a couvert le conflit des Balkans au titre de grand reporter. Les témoignages et récits de guerre attestent que ce penalty aurait pu changer le cours des choses.  Les joueurs ont voulu préserver l’unité de leur pays… jusqu’au jour où les bombes sont tombées sur la capitale Sarajevo.

« Le dernier penalty » de Gigi Riva, disponible à Brault et Martineau.

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