Coupe du Monde féminine : l’avis d’anciens internationaux

A l’occasion d’un reportage sur RDS et du premier match du Canada contre le Cameroun lundi, Alexandre Da Rocha, ancien sélectionneur Canada féminin U20 a retrouvé chez lui plusieurs anciennes internationales, Amy (102 sélections) et Cindy (24) Walsh, ainsi qu’Isabelle Morneau (87), qui ont joué tous sous les mêmes couleurs de l’Xtrême de Montréal en 2004. L’occasion de constater l’évolution de l’équipe nationale et de faire un bilan des conditions actuelles du soccer féminin.

Avant le début de la compétition la semaine dernière, la polémique a enflé : Ada Hegerberg, Ballon d’Or et internationale norvégienne, a décidé de boycotter la Coupe du Monde afin de dénoncer les inégalités de moyens, d’investissements et de salaires entre le soccer féminin et masculin. Une décision encouragée d’abord par Alexandre Da Rocha : « Je salue sa position car elle se bat pour tout le monde. Au niveau du Canada, ces inégalités existent aussi puisque l’équipe féminine nationale a ramené plus d’argent grâce à ses médailles olympiques que son homologue masculin qui ne parvenait même pas à se qualifier. Mais il semble que les hommes ont eu plus de moyens pour se préparer. » Néanmoins, Isabelle Morneau et Cindy Walsh sont d’accord pour dire que la démarche aurait pu être autre : « Elle aurait eu un meilleur impact sur la situation si ses coéquipières avaient collaboré ou bien en utilisant ses réseaux sociaux pour sensibiliser. Le nombre est toujours plus fort. »

Le Canada a remporté son premier match (1-0) mais a-t-il convaincu? Tous sont d’accord pour dire que l’équipe de Heiner-Moller doit montrer davantage : « Le niveau de stress devrait retomber, estime Isabelle Morneau. Mais il faut garder la même intensité. » Alexandre Da Rocha estime que le match de samedi contre la Nouvelle-Zélande est loin d’être gagné : « Je doute d’une victoire si l’équipe affiche le même niveau de jeu. Il faudra évoluer de façon plus intelligente. Selon moi, il manquait Matheson pour créer de l’espace dans le bloc bas adverse. Le Canada n’a pas créé assez de danger. » Cindy Walsh, quant à elle, mise sur un gros parcours de son ancienne formation : « L’équipe s’aligne avec un groupe de jeunes et de vétérans. Elles doivent imposer leur style de jeu dès le départ et ne prendre aucune adversaire à la légère. Si l’équipe performe au top de sa capacité je les vois parmi les quatre meilleures équipes du tournoi. Pour ce faire, l’équipe aurait besoin des performances inspirantes de Buchanan et Lawrence en défense, Fleming en milieu du terrain et Janine Beckie en attaque qui pourront combiner avec le pilier de l’équipe. » Parmi les piliers justement, Christine Sinclair joue sa dernière Coupe du Monde. « Elle va laisser un trou à remplir mais les jeunes tenteront de l’imiter afin de faire aussi bien qu’elle », assure Isabelle Morneau. Cindy Walsh estime que son départ sera moins difficile à digérer grâce aux progrès en terme de formation : « Les jeunes ont désormais l’expérience et la force technique pour parvenir au but sans passer par leur capitaine à chaque action. Mais Christine Sinclair jouera très déterminée comme d’habitude avec un nouveau record mondial de buts. » Alexandre Da Rocha a coaché la pré-retraitée lorsqu’il a entraîné les U20 nationaux : « Je me souviens des débuts de Christine Sinclair. Lors d’un retour d’un tournoi en Australie, nous lui avons chanté trois fois « Bonne fête » à chaque changement de fuseau horaire. Elle était embarrassée à chaque fois! »

Depuis plusieurs mois maintenant, des Québécoises quittent le AAA, la PLSQ ou le réseau universitaire pour rejoindre l’Europe notamment. On pense à Alidou D’Anjou, Roy-Petitclerc ou encore Sanderson, revenue à Fabrose depuis : « On voit de plus en plus de femmes qui s’alignent avec des clubs professionnels aux États-Unis et en Europe, raconte Cindy Walsh. Par le passé, ces opportunités n’étaient pas toujours présent et la qualité du jeu n’était pas à la même hauteur non plus. Les responsables des clubs professionnels en Europe reconnaissent le besoin du structure féminin mais la mentalité en Amérique du Nord n’est pas encore à cette hauteur. Il y a une ligue professionnelle aux États-Unis mais pour combien de temps? Dans la structure des clubs en Amérique du Nord, en haut de la pyramide on devrait voir une équipe pour les gars et une équipe pour les filles. L’évolution est là mais pas au bon rythme. Pour quand l’équipe pro féminine de l’Impact? »

Propos recueillis par www.justesoccer.com

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