Marie-Ève Nault, une Québécoise dans la planète soccer

Marie-Ève Nault a parcouru une bonne partie du globe pour exercer sa passion. Partie du Québec, elle joue désormais en Suède. L’occasion de comparer les différentes cultures et de faire un état des lieux du soccer féminin dans le monde.

Marie-Ève, vous avez joué dans plusieurs pays. Comment a évolué le soccer féminin en terme de qualité de jeu?

J’ai eu la chance d’évoluer en W-League pendant plus de 10 ans avec 4 équipes différentes lorsque la W-League était le plus haut niveau de soccer en Amérique du Nord. Le côté tactique était beaucoup moins développé qu’aujourd’hui et c’était surtout basé sur le jeu physique et la transition.  En jouant en France pendant une saison avec le RC St-Étienne, j’ai découvert un jeu beaucoup plus technique. Et maintenant en Suède, c’est un mixte de jeu physique, tactique et technique. Je crois que le soccer féminin s’est énormément développé durant les dernières années. On peut le voir avec la création de la NWSL ainsi que la FAWSL en Angleterre. L’aspect technique ainsi que l’aspect tactique se sont aussi développés et on peut le voir en regardant les matchs internationaux. Il y a beaucoup moins de ‘’kick and run’’ et le jeu est axé sur la possession et comment réussir à percer l’autre équipe.

Hope Solo a récemment parlé des difficultés du quotidien en NWSL. Est-ce la même chose en Suède?

Je ne dirais pas que les difficultés rencontrées en NWSL sont les mêmes qu’en Suède puisque la Damallsvenkan existe depuis près de 15 ans. La ligue est donc bien établie et il y a beaucoup de commanditaires qui appuient les différentes équipes. Bien sûr, les salaires varient ce qui veut dire que plusieurs joueuses doivent avoir un deuxième emploi pour subvenir à leurs besoins.

Quelles différences persistent avec le soccer masculin?

Je trouve dommage qu’il y ait des injustices entre les hommes et les femmes puisque nous mettons le même nombre d’heures d’entrainement et nous faisons les mêmes ‘’sacrifices’’ que les hommes pour pouvoir atteindre le plus haut niveau. Le manque de support de la FIFA envers le soccer féminin fait en sorte que nous avons joué la dernière Coupe du Monde sur des terrains de gazons synthétiques, chose que les hommes ne feront probablement jamais. Pour ce qui est des salaires, je comprends que la popularité du soccer masculin leur permet d’amasser des millions et des millions de dollars et ainsi avoir les moyens de verser des salaires faramineux aux joueurs étoiles. Cependant, ces millions pourraient très bien être utilisés pour promouvoir et supporter le soccer féminin de leur entourage. Pour nous les femmes, jouer au soccer professionnellement est plus par passion que pour le côté monétaire. La bonne nouvelle est que les temps changent et que nous voyons de plus en plus de soccer féminin à la télévision et que la couverture médiatique augmente d’année en année, ce qui est plaisant à voir. Il faut donc continuer à se battre pour permettre aux prochaines générations de joueuses de diminuer l’écart qu’il y a entre les hommes et les femmes.

Qu’avez-vous ressenti lors de la disparition de la W-League ainsi que des Comètes et du Dynamo?

J’ai ressenti une certaine tristesse et nostalgie puisque c’est la W-League qui m’a permis de me développer et d’atteindre un niveau supérieur. Je trouve dommage que la ligue ait disparue surtout pour les joueuses du Québec qui avait la possibilité et l’opportunité d’évoluer avec les Comètes et le Dynamo, deux organisations qui supportent le soccer féminin québécois avec passion depuis plusieurs années.

Que manque-t-il au Québec pour obtenir une équipe qui puisse évoluer au plus haut niveau nord-américain?

Je crois que la seule chose qui manque est des investisseurs sérieux et qui veulent s’embarquer dans un tel projet à long terme. Il y a beaucoup de gens passionnés qui supportent le soccer féminin au Québec. Nous avons les infrastructures, nous avons des entraîneurs amplement qualifiés et nous avons d’excellentes joueuses au Québec. Si on peut trouver assez de commanditaire et d’investisseurs qui croient au produit, je pense qu’on pourrait obtenir une équipe qui puisse évoluer au plus haut niveau.

Que pensez-vous de la volonté fédérale de créer une division de haut niveau? Reviendriez-vous au pays si cela se concrétisait?

Je trouve l’initiative excellente puisque les joueuses québécoises méritent de jouer au plus haut niveau possible. Puisque je suis en fin de carrière, je reviendrais pour donner un coup de main ça c’est certain! J’aimerais beaucoup m’impliquer dans ce sens pour permettre à un grand nombre de joueuses québécoises d’évoluer au plus haut et ainsi se développer pour pouvoir réaliser leurs rêves.

 

Photo : Montse Sanchez.

Lundi, pour la dernière partie de son entrevue, Marie-Ève Nault abordera sa carrière internationale

Retrouvez ici ses confidences sur ses débuts dans le soccer.

 

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