Kyt Selaidopoulos, son combat pour le futsal

En 2004, Kyt Selaidopoulos faisait ses premiers pas en équipe nationale de futsal en tant que joueur. Douze ans plus tard, il acceptait de prendre les rênes du programme canadien à titre d’entraîneur-chef. La prochaine qualification pour la Coupe du Monde étant au calendrier de 2020, la fébrilité est palpable car il a maintenant tout à prouver. Mais à ce jour, le Canada est-il prêt ?

L’entraîneur revient tout juste de quelques jours à Yellowknife, capitale des Territoires du Nord-Ouest, où il s’est rendu afin de diriger un camp de détection (ID Camp) pour l’équipe canadienne. « Au départ, les camps nationaux se faisaient avec seulement deux provinces. Maintenant, elles y participent toutes.”, explique-t-il. En effet, avant d’être l’institution qui est en place aujourd’hui, le programme a commencé au bas de l’échelle, tout comme Kyt Selaidopoulos qui a dû prouver qu’il était l’homme de confiance pour reprendre le flambeau. Avec son acolyte Mike Vitulano, qui est à ce jour son assistant avec l’équipe canadienne, il amène en 2014 le projet d’une ligue de futsal à la Fédération de Soccer du Québec. C’est ainsi que la PLFQ voit le jour. La même année, il s’attaque aux projets des équipes du Québec. “En 2015, j’ai formé une équipe de joueurs québécois et on s’est rendu en Ontario pour y affronter plusieurs groupes. Cela m’a permis de bâtir une liste de joueurs potentiels recouvrant les deux provinces.” Quelques temps plus tard, en février 2016, l’emploi d’entraîneur qu’il convoitait lui est finalement offert : “Le mois de mai suivant, j’ai dirigé un premier camp avec les 30 joueurs de ma liste, 14 ont participé à la qualification.”

Même si son entrée dans l’équipe technique de Futsal Canada n’est pas avant 2016, Kyt Selaidopoulos participe en tant que joueur a une qualification de Beach soccer en 2013 et devient aussi l’entraîneur de cette équipe canadienne dans les années suivantes. Pour lui, ces compétitions sont un parallèle important dans la construction du projet Coupe du Monde de futsal 2020 alors qu’une qualification « Beach » est prévue pour 2019. “Le noyau de l’équipe de Beach soccer est majoritairement constitué des joueurs qui sont envisagés dans nos plans pour le futsal l’année suivante. Comme notre budget est limité, on profite de ces occasions pour leur offrir des expériences nationales supplémentaires, surtout pour les plus jeunes qui n’ont rien vécu encore.” dit-il. Le meilleur exemple de cette situation est Maxime Leconte. Évoluant avec le FC Sparte en 2016, et encore à ce jour, il n’est pas sélectionné pour la qualification de futsal de cette année-là. Un an plus tard, Leconte est invité à se joindre à la qualification de Beach soccer de 2017, aux Bahamas, où il en surprendra plus d’un et taillera ainsi sa place. Depuis cette dernière apparition sur la scène nationale, il a été appelé à joindre l’équipe canadienne de futsal dans différents contextes tel qu’un tournoi amical au Costa Rica en janvier dernier.

L’expansion du futsal n’est pas un projet qui aura fait peur à son pilote. En 2017, Selaidopoulos cogne à la porte du Yukon et de l’Alberta, les deux premières provinces qui acceptent d’accueillir les camps de détection. Peu à peu, l’entraîneur vend ses idées aux directeurs techniques des autres provinces pour finalement arriver au résultat souhaité, et non sans effort, d’une réponse positive du pays en entier. “Quand je me déplace en ID Camp, je demande la présence de 20 joueurs et 4 gardiens. Mon objectif est d’en trouver au moins un que j’inviterai ensuite au camp national.” Car, bien que ce soit deux activités sous la même organisation, il s’agit tout de même de différentes étapes dans leur parcours de sélection. Au Québec par exemple, pour avoir la chance d’être invité à un camp de détection, un joueur doit évoluer en PLFQ ou encore dans une ligue régionale. L’entraîneur reçoit aussi régulièrement des vidéos compilant les meilleures actions des joueurs canadiens, évoluant actuellement au pays ou non, mais qui tentent tout de même d’attirer son attention. À la suite de ce processus, les espoirs  retenus sont appelés à participer à un camp national. À titre d’exemple, une activité d’une durée de 4 jours a eu lieu à Ottawa en septembre dernier. Les joueurs se sont entraînés à 7 reprises, sans oublier les séances vidéo, une excellente façon de leur donner un premier bain dans un environnement professionnel et structuré.

Les critères recherchés chez un joueur sont déjà déterminés : comment touche-t-il le ballon, comment utilise-t-il l’espace, est-ce qu’il a une attitude professionnelle, peut-il survivre à la pression? “C’est possible qu’un grand talent ne réussisse pas simplement parce qu’il ne cadre pas dans notre philosophie. Porter le maillot de l’équipe canadienne c’est différent, c’est une pression supplémentaire”, exprime l’entraîneur. À son avis, la chose la plus difficile pour un joueur amateur est de porter cette étiquette d’équipe nationale. Il doit faire attention à sa manière d’interagir avec les autres, à ses activités sur les réseaux sociaux et doit s’assurer, peu importe que ce soit lors d’un entraînement avec le programme ou encore lors d’un match avec son équipe distincte en ligue, qu’il élève toujours son jeu au maximum. L’attitude des joueurs sélectionnés doit donc être impeccable, que ce soit à l’extérieur ou à l’intérieur du terrain.

Faire un choix

Selon KytSelaidopoulos, le futsal ne cherche pas à prendre la place du soccer, mais il doit jongler avec les horaires des deux sports qui se chevauchent à plusieurs reprises durant l’année. Au Québec, plusieurs joueurs évoluant en PLFQ sont aussi des joueurs dans la PLSQ, alors différentes dates entrent en conflit. Sans élaborer à ce sujet, il mentionne qu’à la suite de 2020, les joueurs devront penser à faire un choix bien que pour le moment, il préfère garder sa concentration sur la qualification et non sur la suite. “On est encore au stade de vendre le sport et ce qui s’est produit en avril dernier nous fait prendre cinq pas de recul”, explique celui qui se bat afin d’améliorer le programme malgré un budget restreint. Ces événements de la dernière saison l’ont justement amené à reconsidérer des joueurs qu’il pensait retirer de sa liste nationale. Des noms tels que Ian Bennett et Frederico Moojen sont maintenant de retour dans les plans de l’équipe canadienne, eux qui n’étaient même plus envisagés il y a à peine quelques mois. Ses idées sont fixes, peu importe à quel point un joueur est talentueux, il doit croire au projet pour en prendre part et des joueurs de leur envergure ont le professionnalisme recherché. “Quand ton pays t’appelle, tu y vas. La porte de ton club sera toujours ouverte, pas celle de ton pays”, ajoute-t-il. L’entraîneur laisse d’ailleurs planer le doute quant à sa connaissance de différents joueurs évoluant actuellement à l’internationale, mais ayant un passeport canadien. Bien qu’ils soient inconnus de la majorité, la réalité est que rien ne les empêchera de pouvoir se joindre au programme canadien à tout moment. Il renchérit d’ailleurs avec le fait qu’il sera encore plus sévère face à ses athlètes québécois considérant qu’ils ont manqué de respect envers leur pays.

Quelques dates des prochaines activités de l’équipe canadienne dans les différentes provinces sont disponibles (voir plus bas) et bien qu’il ait une idée de son noyau pour la qualification de 2020, Kyt Selaidopoulos maintient le fait que personne n’est détrônable. D’ici-là, il a encore bien des heures de boulot devant lui avant de confirmer ses 14 joueurs sélectionnés et ses 4 réservistes. Si le Canada se qualifie pour la Coupe du Monde qui aura lieu en septembre 2020, les joueurs qui auront gagné ardemment leur place seront de la compétition de nouveau. Pour ce qui en est de l’avenir du futsal dans notre pays, l’homme derrière tous ces projets est confiant : “On est supérieur aujourd’hui par rapport à 2016. Dans deux ans, on sera encore meilleur. ”

Dates des camps nationaux

Nunavut : 20 au 24 septembre 2018
Territoire du Nord-Ouest : 18 au 22 octobre 2018
Terre-Neuve : 18-19 novembre 2018
Alberta : 23-24 novembre 2018
Québec : 1-2 décembre 2018
Yukon : 18-19 janvier 2019
Nouveau-Brunswick : 24-25 janvier 2019
Manitoba : 9-10 février 2019

Crédit Photo : Soccer Canada

Audrey Magny

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