Samir Ghrib : « Heureux de contribuer à développer le soccer depuis 38 ans »

Samir Ghrib est chroniqueur dans l’émission du Grand Stade. Présent dans le soccer québécois depuis plus de trente ans, il est directeur sportif ainsi que coach PLSQ du Royal Beauport et entraîneur du Rouge et Or de Laval.

Quelle est votre plus belle réussite en soccer?

Elle est continue, proportionnelle à la passion qui m’habite et à la mission qui me guide.

Heureux de contribuer à développer le soccer, depuis 38 ans, dans une ville que j’adore, Québec. Ma plus belle réussite réside tout simplement d’avoir écouté ma petite voix intérieure, malgré des études dans un autre domaine, en décidant de vivre du soccer, d’organiser ma vie autour de ma passion. J’ai foncé tête baissée sans penser à l’argent ni aux défis qui m’attendaient. Je me suis posé la question fondamentale, la question existentielle : qu’est-ce qui me rend heureux ?

Avec le temps qui passe, je réalise que finalement, j’ai toujours été très riche. Riche de ma passion qui te permet d’avancer, de faire face aux moments difficiles, comme les temps faibles dans un match. Bon, si vous posez la question à ma conjointe, elle vous dira que le soccer nous a couté cher, puisque je n’ai jamais hésité à contribuer financièrement au budget des différentes équipes que j’ai coachées. J’appelle ça un investissement ! 😊

Je suis un pur produit du double système sportif scolaire et civil, Québécois et Canadien, avec ses avantages et ses inconvénients, mais avec un fil rouge : le développement de mon sport préféré avec comme mission d’épanouir les jeunes avec les valeurs saines et éducatives du sport. J’ai autant de plaisir à coacher du senior qu’à animer une séance U8. Je me sens choyé aujourd’hui d’évoluer dans deux milieux épanouissants, le Rouge et Or et le Royal de Beauport, bien entouré et appuyé de personnes que j’estime beaucoup.

Entre mon école de soccer privée, dont la devise était « L’épanouissement par le sport», la fondation du programme sports-Études avec mon ami Helder Duarte (initiée par un autre bâtisseur, Fergus Bret), mes années du coaching avec le Cégep Garneau, le retour du soccer à l’Université Laval avec le Rouge et Or, les équipes du Québec, co-fondateur de l’Amiral de Québec (W-League), et finalement le Royal de Beauport comme DT, disons que ma passion a trouvé un terrain fertile pour être assouvie, alimentée et enrichie sans fin.

Je me sens reconnaissant vis-à-vis de mes parents qui m’ont appris à aimer et à penser, et de ma conjointe Renée Morency, qui accepte de partager son amoureux avec un … ballon rond. Elle est mon pilier, mon équilibre avec mes deux enfants, et mon rempart pour que ma passion ne fasse pas de moi un être égoïste.

En conclusion, je me sens privilégié d’avoir encore cette flamme qui te permet de durer et de te renouveler, pour avancer. Privilégié de pouvoir m’appuyer et de m’entourer d’autres passionnés du ballon rond, depuis plusieurs années, comme Michel Mana Nga, Michel Fischer, Samir El Akkati, Nabil Haned, Vincent, Cournoyer et Fabrice Lassonde. Au sein de la direction du Royal, j’ai la chance de pouvoir compter sur un président, Guy Morasse, un trésorier, Jacques Racine, et une directrice générale, tous aussi passionnés, qui comptabilisent à eux trois plus de 60 ans de contribution au développement du club et à sa stabilité.
Nous nous ne faisons pas seul, nous avons besoin des autres pour se dépasser. Sans oublier le souci de transmettre et de partager les connaissances pour développer des coachs, pour préparer la relève. La roue de la vie.

Quel est votre plus beau souvenir de soccer?

Vu le mythique Brésil, champion du monde en titre de 1970, venu disputer un match amical contre la Tunisie, à Tunis le 6 juin 1973, en compagnie de mon Père, mon idole, celui qui a déclenché en moi cette passion pour le soccer. Je m’en rappelle comme si c’était hier. Ce jour-là a été marquant pour le gamin de 10 ans que j’étais, car mon Père m’avait décortiqué le jeu des Brésiliens, et attiré mon attention sur la circulation du ballon, la fixation le renversement, le changement de rythme, et le fameux extérieur du pied gauche de Roberto Rivelino ! Juste à y penser, j’entends mon Père me dire de me concentrer sur les non porteurs du ballon ! Alors que, quand tu es jeune, tu as tendance à suivre le ballon, et rien que le ballon. Depuis, je n’ai plus vu le soccer, le football de la même façon, et je suis tombé dans la marmite de «passion magique».

Que représente pour vous le soccer?

Ça commence par la passion de jouer tout simplement. Un jour, tu découvres que ta carrière de joueur n’est pas éternelle, et que tu as envie de continuer à vibrer dans le monde du soccer, tu deviens donc entraîneur.

Une fois entraîneur, tu es concentré sur le jeu, tu apprends à coacher, à commencer par la technique, et tout de suite après tu te rends compte que la tactique est l’éléphant dans la pièce, que la technique doit être est au service de la tactique. Tu pars donc du jeu pour te rendre compte que l’ingrédient essentiel, est le joueur, qu’il faut placer au centre de nos décisions. De formation en formation, d’expérience en expérience, tu découvres le facteur humain, l’art du management et de la cohésion d’équipe.

Ensuite, avec du recul, ça devient un moyen de développement personnel. Un moyen pour faire de toi une meilleure personne. Un moyen pour apprendre à te connaître, et on passe une vie entière à apprendre à se connaître, première condition pour apprendre à connaître l’autre.

Le sport est magique, car il est vecteur de rapprochement et d’intégration. Le sport te permet de garder cette capacité de t’émerveiller comme un enfant. Dans ma tête, je me sens enfant, heureux de partager cette passion avec d’autres. Mettez un ballon dans une rue avec pleins d’enfants, et vous allez voir jaillir le plaisir de jouer, de s’amuser. Plus rien ne compte, ni la couleur de peau, ni le statut social, ni la nationalité. Dans le sport, l’autre, n’est pas un ennemi, à la limite un adversaire, surtout un autre passionné, qu’il soit coach ou arbitre. Tous au service d’une même passion, dans le même écosystème, la même famille.

Le soccer est finalement un moyen de rencontre de gens d’horizons différents qui viennent t’enrichir comme personne et comme coach. Une équipe, pour moi, c’est une famille, une microsociété avec ses codes et ses particularités. On y vit de beaux moments, car un match, c’est un concentré de vie humaine, avec ses joies et ses peines, et quand les mauvais moments surviennent, il faut juste se rappeler, que c’est juste un jeu.

Comment vous vous définiriez sur un terrain en tant que joueur ou coach?

Je suis un pur produit du soccer de rue de ma Tunisie natale, celui de la créativité, de l’insouciance et du plaisir éternel. J’ai joué tardivement en club, car à l’époque, c’était difficile de combiner études et soccer. J’ai plus joué en Club une fois à Québec. Dès mon arrivée, un 8 janvier 1984, ma première action a été de me trouver un club, les Caravelles de St-Foy. Il a fallu une tempête de neige, annulant un entraînement, pour me faire prendre conscience que j’étais dans un pays de froid, de «fret» en bon québécois !

J’étais un ailier de débordement, pur gaucher, rapide et bon techniquement. De cette époque, je garde beaucoup d’affection pour mon entraîneur, Benoît Desrochers, qui m’a aidé et intégré dans son équipe. Éducateur de profession, il était bienveillant pour ses joueurs. Il a fait beaucoup pour le développement du soccer senior dans la région de Québec.

Je savais que je voulais devenir coach, donc j’ai développé, parallèlement à ma carrière de joueur, ma carrière d’entraîneur, en commençant avec les U8, de façon programmée et méthodique, étape par étape, échelon par échelon, encadrant autant des filles que des garçons. Je crois dans la formation continue, et je suis assoiffé de nouvelles connaissances que je compare à un buffet infini de desserts. À peine, ai-je croqué dans un éclair au chocolat, je lève la tête, et je vois la tarte au sucre ou le mille-feuilles qui m’attendent.

Je suis fier de dire que je suis un pur produit du coaching Québécois, alors que certains le dénigrent. Respect pour des gens comme Valerio Gazzola, Mike Vitulano, Otmane Ibrir, André Gagnon pour leur contribution au développement des entraineurs.

Nous sommes certes un pays «en voie de développement» au niveau du soccer, sachant que la structure de club n’existe que depuis 2008, mais nous avons un beau et passionnant chantier avec de très belles années devant nous. Pour réussir et y participer, il faut de l’humilité et de la modestie, surtout de la part des nouveaux techniciens venant d’ailleurs, de plus en plus nombreux. Leur défi est d’abord de comprendre la mentalité et l’état d’esprit de notre société d’accueil, avant de faire des copier-coller des façons de faire, des pays d’origine, pour finir par frapper le mur et tomber dans le jugement non productif. C’est une question d’appréciation et de respect de son nouvel environnement. Qu’est-ce qu’un bon coach, au-delà de gagner et de développer des joueurs ? C’est s’adapter.

On vous tend un micro pour parler soccer. Qu’avez-vous à dire?

Le soccer a vécu sa révolution du nombre, celles des infrastructures et aujourd’hui, on est en train de mettre en place la révolution qualitative.

Le soccer est le sport le plus pratiqué au pays depuis des années. Et au cours de la dernière décennie, les terrains synthétiques et les stades couverts ont poussé comme des champignons. Nous sommes maintenant dans l’ère qualitative avec une meilleure structuration des clubs et un développement plus optimal de nos athlètes. Ça ne fait que commencer.

Il faut anticiper un boom d’inscriptions, avec la médaille d’or des filles aux derniers Jeux Olympiques, la qualification de l’équipe masculine au Qatar 2022, l’organisation de la Coupe du monde de 2026 en compagnie des ÉU et du Mexique, l’arrivée de la CPL, et le virage qualitatif avec le projet de reconnaissance de club.

C’est ce qui me fait dire que les plus belles années sont devant nous. Le soccer a fait des bonds de géant. J’ai donc du respect et de la reconnaissance pour tous ceux qui ont défiché et développé le soccer avant nous sans même être payés. Aujourd’hui, un jeune peut espérer gagner sa vie dans le monde du soccer. Ce n’était pas le cas avant.

Que pensez-vous du Grand Stade?

De la reconnaissance vis-à-vis de Julien Dubois pour parler tout simplement de soccer, en informant les gens de l’actualité, d’ici et d’ailleurs. Il participe et contribue à sa façon au développement de notre sport. C’est un pur plaisir d’y participer avec d’autres passionnés.

Quel est votre rêve/objectif désormais?

J’aime bien le mot «rêve», c’est plus beau que projet. Ma mission est continue : développer mon sport préféré et surtout les jeunes, pour les faire progresser. L’objectif ultime est d’en faire de bonnes personnes. Pour les plus passionnés et avancés, c’est de les accompagner et leur donner les outils nécessaires pour leur faire réaliser leurs rêves, soit de jouer avec l’équipe nationale ou de devenir pro. Tout est possible.

Mon prochain rêve, est de militer et de jouer un rôle de facilitateur pour l’implantation d’une équipe de CPL à Québec.

Ensuite, à 76 ans, je ferai un retour à la base, en m’occupant des U4 à U8. Passionné un jour, passionné toujours!

Le Grand Stade, du lundi au vendredi dès 12h