Arnold Bouka Moutou (Valour FC) : « Un nouvel élan à ma carrière »

Arnold Bouka Moutou a eu l’opportunité de rejoindre la Première Ligue Canadienne en 2020. Joueur de couloir du Valour FC à Winnipeg, le Français d’origine congolaise de 32 ans nous explique ses motivations et son parcours.

Arnold, comment avez-vous découvert le soccer?
J’ai quatre sœurs et trois frères. On a toujours aimé le foot! Mon père y jouait beaucoup mais à un niveau modeste pendant sa jeunesse et naturellement j’ai suivi son chemin. Avec mes frères, on y jouait souvent ainsi qu’à d’autres sports avec mes soeurs. Mais c’est le ballon rond qui a finalement pris le dessus. En regardant Ronaldo le Brésilien jouer, j’ai su que je voulais en faire mon métier.

Quels sont vos débuts dans le football? Quel est votre parcours du premier club jusqu’au premier contrat professionnel?
J’ai commencé dans ma ville à Epernay où j ai joué de 7 à 18 ans. J’ai toujours joué dans les catégories DH (13 ans-15 ans-18 ans). Même quand j’ai commencé à jouer avec les adultes, je jouais en DH avec la deuxième équipe. C’est l’année de mes 18 ans lors de laquelle je commence à jouer avec l’équipe première qui venait de monter en CFA (4e niveau). Je n’ai pas fait de centre de formation. Mon père avait essayé de contacter plusieurs clubs de la région à l’époque en Champagne-Ardennes. C’était Sedan qui était le club phare avant Troyes et Reims mais je n’avais jamais eu de réponse de ces clubs. C’est un milieu fermé et c’est souvent les joueurs issus déjà de clubs professionnels qui naviguent dans ce genre de clubs. C’est en 2006-2007 où je jouais en CFA que j ai pu me faire remarquer et des clubs comme Lens, Sedan et Amiens m’ont proposé d’intégrer leurs clubs.

Comment se passent vos débuts professionnels?
Je signe au SC Amiens un contrat stagiaire en 2007. C’est là que ma première expérience avec le monde du foot pro commence. J’intègre l’équipe professionnelle directement et ce fut un gros changement pour moi à 18 ans. Vivre seul, s’entraîner quotidiennement et parfois même deux fois par jour alors qu’on s’entrainait trois fois par semaine à épernay. Mais c’est ce que je voulais. Je touchais du doigt mon rêve de devenir professionnel parce que je n’avais pas encore le statut de joueur pro. Mais après deux saisons, le club ne me conserve pas et l’Amiens AC, l’autre club de la ville qui évoluait en CFA2 (N3), me propose de jouer pour eux et me permettre de me relancer. Ce qui par la suite m’a permis de retrouver un club pro quelques années plus tard à Angers.

Comment se poursuit ensuite votre parcours en France?
Je reste une saison avec l’AC Amiens avant de rejoindre Calais (N3). Je reviens lors de la saison 2011-2012 à l’Amiens AC qui accède à la N2. C’est lors de cette saison que je suis recruté par le SCO Angers qui était en L2. Je signe mon premier contrat pro le 31 janvier 2012 à 23 ans. J’y passe quatre saisons et je participe à la montée du club en L1 en 2015. En 2016, je rejoins le club de Dijon où j’ai passé trois saisons en L1. Ensuite, je ne retrouve pas de club. Après avoir participé au stage UNFP, j’ai pu revenir à Angers où j’ai pu m’entrainer avec la réserve en attendant de retrouver un nouveau club jusqu’à ce que je signe à Winnipeg avec le Valour fc.

Comment s’est passé le premier contact avec Valour FC?
Mon agent m’avait demandé si le Canada pouvait m’intéresser. C’était un championnat qui venait de se créer, cela pouvait me donner l’opportunité de rejouer surtout après 3 ans à Dijon où j’avais très peu été sur les terrains et suivis de 6 mois sans club. J’avais envie de rejoindre ce club et de pouvoir continuer de faire ce que j ai toujours aimé faire depuis enfant à savoir jouer au football.

Quel était votre état d’esprit en signant là-bas?
J’étais motivé comme je disais après plus de 3 ans sans pouvoir m exprimer sur le terrain. J’avais envie de donner un nouvel élan à ma carrière et de jouer dans un club où on respecte mon travail. Cela permettait aussi à ma famille de découvrir un autre pays, une autre culture. C’est toujours très enrichissant.

Comment s’est passée votre intégration?
Mon arrivée a été vraiment spéciale. Nous avons débarqué avec ma famille au début de la pandémie en mars 2020.  Ce fut alors compliqué. On ne pouvait voir personne du club. Comme on arrivait de France, on devait rester confinés et c’est mon agent qui était arrivé préalablement au Canada qui nous a aidés à nous installer. Ce fut difficile d’arriver dans un nouveau pays et surtout en pleine pandémie… Mais une fois que tout s est mis en place, l’intégration s’est bien passé. On avait fait plusieurs rencontres que ce soit avec des Canadiens comme des Français expatriés. Cela nous a rendu la vie plus facile avec ma famille. Nous avons aimé la mentalité et la qualité de vie qui sont agréables.

Comment vous sentez-vous aujourd’hui?
Je me sens bien après une première saison très courte en 2020. Celle-ci est plus intense avec beaucoup plus de matchs. Le rythme est assez élevé avec 5 à 7 matchs par mois mais je suis content de pouvoir enchaîner les rencontres. Et on est toujours en course pour les playoffs.

Quelles sont vos objectifs pour les prochaines saisons?
Continuer à jouer le plus longtemps possible. Tant que mon physique tient, je continuerai tant que l’on m’en donne l opportunité. C’est un métier que je ne pourrai pas faire toute ma vie, je le sais très bien. Mais pouvoir vivre de sa passion, je trouve ça juste extraordinaire et je profite chaque jour de la chance que j’ai de vivre mon rêve au quotidien en plus avec ma famille. C’est merveilleux!

Vous allez être très bientôt papa d’un deuxième enfant. Comment voyez-vous la prochaine saison niveau familiale si vous deviez rester en Amérique du Nord? Cette saison loin des vôtres a-t-elle été difficile à gérer? Cela se ressent-il sur vos performances?
Oui, je vais être papa bientôt pour la deuxième fois et je rentre plus tôt dans la saison. Je suis sur le point de rejoindre ma femme en France qui n’avait pas pu me rejoindre avec mon fils à cause des problèmes pour voyager au Canada. Il n’était pas possible pour eux de me rejoindre cette année. Après 3 mois sans les voir, ce n’est pas facile tous les jours. Elle est enceinte de 8 mois avec tout ce qu elle a à gérer : s’occuper de notre enfant au quotidien, nos projets communs qu’il faut gèrer à distance en plus que tout ce que comporte une grossesse… Ma femme est vraiment incroyable ! Elle m’a toujours soutenu même quand les matchs sont à 2h ou 4h du matin! Elle a suivi toutes les rencontres! Quand tu sais que le lendemain matin, il faut aller déposer notre garçon de 4 ans à l’école… Elle a une énergie incroyable! Je lui serai éternellement reconnaissant pour tout ce qu’elle fait pour notre famille. C’était vraiment important pour moi de raconter ça parce que malheureusement les médias aiment parfois montrer la vie des sportifs comme une vie avec pleins de strass et paillettes. Mais il y a aussi d’autres histoires de familles comme la mienne où les sacrifices sont tellement difficiles à faire. Je suis fier d’être avec ma Femme avec qui je partage ma vie depuis 10 ans et qui, malgré la distance et sa grossesse difficile, a toujours été forte pour l’équilibre de notre vie de famille. Comme j’aime lui dire souvent : je l’aime comme un fou!

Avez-vous déjà des idées concernant votre reconversion?
La reconversion, j’y pense avec ma femme. On en parle souvent et on a déjà notre petite idée : une fois ma carrière terminée on se lance! Elle a d’ailleurs de son côté ouvert un compte Instagram où elle aide les les personnes qui le souhaitent à prendre soin de leurs cheveux avec des techniques naturelles notamment pour cheveux bouclées. Elle partage son expérience (powerofthecurl) et on aimerait développer ce concept à l avenir.

Propos recueillis par Christophe Ambar

Crédit photo : Canadian Premier League

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