Haïti futsal : chronique d’un parcours du combattant pour participer aux qualifications de la Coupe du Monde

Haïti a disputé pour la première fois une compétition officielle de futsal en mai dernier. Battus par le Costa Rica et le Canada en éliminatoires de la Coupe du Monde, les Grenadiers éprouvent un énorme sentiment de fierté d’avoir participé à l’épreuve au Guatamala. Mais derrière le premier but haïtien de l’histoire, la bonne ambiance générale ou l’incroyable confrontation contre leurs « frères » canadiens, se cache une histoire qualifiée de « rocambolesque » par le coach Alexandre Kenol mais qui révèle aussi une incroyable pugnacité et une confiance certaine envers le destin.

Des débuts incertains – Alain Grégoire est l’instigateur de ce projet : bâtir une équipe haïtienne de futsal pour tenter sa chance aux éliminatoires de la Coupe du Monde de futsal en septembre en Lituanie. La compétition aura lieu au mois de mai au Guatemala. Créateur de l’Association haïtienne de futsal, il sollicita la fédération de son pays d’origine pour appuyer son projet. Aprèes une première réponse négative, Haïti privilégiant le soccer à 11, un accord est finalement trouvé : Ok pour représenter Haïti dans le domaine du futsal, mais pas de budget. « Le fait que nous soyons en très grande majorité basé au Québec n’a pas forcément aidé. » La sélection de joueurs est essentiellement composée de pensionnaires de PLFQ, la division la plus élevée dans le futsal québécois.

Un défi dantesque – « Notre compte bancaire affiché -4,35 dollars et nous devons préparer notre rencontre qui aura lieu dans trois mois au Guatemala contre le Costa Rica, l’une des meilleures équipes au monde », se souvient Alexandre Kenol. « Le coach décide de se retirer car il attendait un deuxième enfant. Dans le même temps, nous recevons une lettre nous indiquant que notre participation à la compétition est acceptée mais que les billets d’avion, la restauration et l’hôtel sont à notre charge. » Pas de coach, pas de budget, des dépenses faramineuses à prévoir et une confrontation face à un géant du futsal à prévoir. Le tout en trois mois. Alexandre Kenol prit alors la sélection en main pour commencer les entraînements : « On se levait à six heures du matin pour se réunir sur Zoom afin de commencer à pratiquer, raconte le gardien Jonathas Steve Charles. C’était dur d’y croire mais je savais au fond de moi-même que le projet allait se concrétiser. »

Quelles finances ? – La préparation des joueurs avait commencé mais était-il crédible? « Même les entrepreneurs de la communauté n’y croyaient pas, regrette Alexandre Kenol. Les prévisions de dépenses s’accumulaient dans un contexte de pandémie. On ne savait pas comment on allait payer les billets d’avion auxquels il fallait ajouter les tests PCR. Vous imaginez payer trois tests PCR de 250 dollars pour une délégation de 22 personnes? » Finalement, la sélection parvient à réunir la somme pour se rendre au Guatemala. Mais autre problème se dresse : les visas. « Certains joueurs n’avaient pas leur passeport à jour, ni même leur résidence permanente : « On s’est rendu à Ottawa pour régler l’administratif en sachant que les délais pouvaient prendre un an à cause de la pandémie, poursuit le coach. Il a fallu la signature des parents pour certains. On a tout de même réussi à tout obtenir dans les délais! »

Une préparation tronquée – Trois mois pour préparer une compétition, l’affaire est compliquée d’entrée. Après les réunions devant l’ordinateur, le groupe parvient tout de même à trouver un endroit pour se réunir malgré le contexte sanitaire l’interdisant : « Il existait une exception pour les tournages d’émission TV, sourit Alexandre Kenol. Or, un de nos joueurs tournait pour l’émission « la semaine des 4 Julie », c’était l’alibi parfait! »

Des douaniers sourcilleux – L’arrivée au Guatemala ne fut pas aussi simple. Les douaniers furent surpris et dubitatifs de voir une délégation haïtienne. Le technicien souffle : « Heureusement, nous avons eu avec nous un avocat en immigration qui a pu nous aider car deux joueurs voyaient leur entrée au pays refusée. » Il a tout de même fallu parlementer pour passer.

Les réseaux sociaux – Pas de miracle lors de la première rencontre avec une défaite 7-0 contre le Costa Rica : « C’était vraiment difficile, se rappelle Bernick Monfort. Nous ne sommes pas allés sur les réseaux sociaux après la rencontre. Deux joueurs sont allés vérifiés tout de même et ont constaté beaucoup de commentaires désobligeants voire blessants et insultants notamment venant d’Haïti. Les commentaires provenant du Canada étaient plus encourageants. »

La performance – Après la gifle, Haïti resta concentré pour affronter le Canada. Les partenaires du capitaine Shaquille Michaud menaient même 2-0 à la pause avant d’encaisser trois buts dans les dernières minutes : « On avait à coeur de montrer ce que l’on pouvait faire, affirme Dylan Barthélémy. On a perdu cette rencontre dans les dix dernières minutes. »

Un souvenir impérissable – L’aventure se termine après les phases de poule. Mais l’odyssée n’est pas encore terminé : « Il fallait payer les billets retour, précise Alexandre Kenol. On a fait le nécessaire mais c’était encore compliqué. Certains ont atterris à Toronto et on est allé les chercher en voiture. » Malgré toutes ces péripéties, la sélection haïtienne préserve un fantastique souvenir et tient à le faire partager : « Je ne pense pas que tout cela aurait pu être possible avec un autre groupe d’hommes, précise l’entraîneur. Les joueurs ont montré énormément d’abnégation et une belle image d’Haïti dans une compétition internationale. C’est un bel exemple pour la nouvelle génération. » Shaquille Michaud renchérit : « On ne savait pas comment on allait partir mais l’important était de montrer l’exemple par le sérieux et l’attitude. C’est un souvenir que je vais garder précieusement. »

Julien Dubois

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