Hoshang Noor Ali : « Le maillot de l’Afghanistan, une fierté pour ma famille »

Le 25 mars, l’Afghanistan poursuivra son parcours qualificatif pour la Coupe du Monde 2022. Déjà éliminée, la sélection tentera de prendre des points contre le Bangladesh et Oman. Hoshang Noor Ali, joueur de l’AS Blainville, a été sélectionné pour deux rencontres avant le Covid. Il nous raconte son expérience.

Hoshang, que représente pour vous le fait de porter le maillot de l’Afghanistan?

Ma famille a quitté le pays à cause de la guerre civile en 1994. Mes parents, ma soeur et mes quatre frères sont partis au Tadjikistan, là où je suis né. Rapidement, nous sommes arrivés au Canada avec 100 dollars en poche. Mon père avait un très bon poste au gouvernement en Afghanistan et la vie était belle. On a dû tout laisser pour venir se réfugier au Québec. Mes parents ont pris la première job qui venait pour vivre et ensuite la situation s’est stabilisée. Sans énormément de moyens, ils ne m’ont jamais restreint financièrement pour ma passion pour le soccer. Ils m’ont payé des billets d’avion, le CNHP, les tournois… Même mes frères ont fait des heures extra pour m’aider. Alors dès que j’ai su que j’étais sélectionné avec l’Afghanistan, j’ai d’abord pensé à eux. C’est une fierté. J’ai pu leur prouver que tous ces investissements n’étaient pas vain.

Comment ont-ils réagi à l’annonce de votre sélection?

C’était une explosion de joie! Mes proches se sont rendus compte que mon implication a valu la peine. Ma famille a reçu des appels du pays, tout le monde était très heureux! Pour moi, c’est un accomplissement!

Comment les dirigeants afghans vous ont repéré?

Trois fois par an, plusieurs équipes afghanes dispersées dans le monde se réunissent pour jouer un  tournoi. En 2014, une équipe du Canada s’est formée et j’en ai fait partie. Mes prestations ont été remarquées par une équipe dominante localisée à New York où évoluaient plusieurs anciens internationaux. Ils m’ont contacté et ont fini par me sponsoriser pour revenir chaque fois. De fil en aiguille, j’ai rencontré Zohib Islam Amiri, la star de l’équipe nationale. Il a parlé de moi au sélectionneur. Je jouais le Championnat canadien avec Blainville. Cela faisait plusieurs mois que mon nom circulait à la Fédération. C’est là que ma chance a été donnée pour deux rencontres des qualifications pour la Coupe du Monde face au Qatar et au Bangladesh en septembre.

Et qu’avez-vous retiré de cette expérience?

J’ai tellement appris sur le monde professionnel en deux semaines! À ce niveau, aucune pitié! Plusieurs joueurs comme moi étaient convoqués pour la première fois afin de faire leurs preuves. Certains sont partis au bout de trois jours car ils n’avaient simplement pas le niveau. C’est là que j’ai compris ce qu’il fallait pour devenir professionnel. Rien que les séances d’entraînements, de physique ou de préparation mentale… J’étais choqué de n’avoir jamais fait ça auparavant. On pourrait croire que le niveau de l’équipe d’Afghanistan n’est pas élevé. Mais la plupart des joueurs vient d’Europe ou d’Asie où l’exigence est bien supérieure au Québec. Ma force mentale est mon principal atout alors j’ai fait front et je suis resté les deux semaines. Faire partie du top de l’Afghanistan est un grand honneur.

Avez-vous eu du temps de jeu?

Hélas non car l’entraîneur ne me connait pas assez et les circonstances ont fait qu’il était impossible de me faire rentrer. On perd sèchement d’entrée contre le Qatar, champion d’Asie en titre (0-6) et il fallait une réaction face au Bangladesh (victoire 1-0). Le sélectionneur me l’a expliqué et c’était bien compréhensible.

Pensez-vous y retourner prochainement?

On ne vas pas se mentir. Je m’entraîne seul au Canada alors que mes partenaires ont repris la compétition dans d’autres parties du monde. J’avais pour projet de rejoindre la ligue indienne d’ici les prochains mois pour passer un palier mais le Covid a tout gâché.

Que pensez-vous faire aujourd’hui?

J’ai 27 ans. Je pensais que des formations de CPL allaient s’intéresser à moi mais cela n’a pas été le cas. Une formation européenne m’avait une offre mais cela ne me convenait pas. Aujourd’hui, je me suis lancé dans mon projet d’académie au Québec et je publie des vidéos sur ma chaîne Youtube pour expliquer aux jeunes ce qui est nécessaire de faire pour devenir professionnel. J’ai commis aussi des erreurs plus jeunes. Beaucoup de joueurs au Québec ont le potentiel pour devenir professionnel. Il faut les aiguiller. J’ai refusé une convocation pour la Coupe du Monde U17 avec le Canada car le coach voulait me faire jouer en défense. J’ai manqué de maturité et à 20 ans, je ne voulais plus entendre parler de football. Puis, Blainville m’a invité à rejoindre la PLSQ juste pour m’amuser. Au final, quand je regarde derrière moi, j’ai accompli tellement plus que je ne l’imaginais.

Justesoccer lance sa chaîne Youtube. Vous retrouverez plusieurs émissions sur le soccer québécois et canadien ici. Abonnez-vous!

La rédaction de www.justesoccer.com

Autres articles intéressant

CPL : Guillaume Pianelli, Julien Bruce, Quentin Paumier et Luca Ricci sélectionnés !
Manchester United aux deux visages contre Brentford
Malawi – Sénégal : Les notes des joueurs