Jean-Patrice Tavea : « Je veux tout faire pour que les jeunes continuent de rêver!»

Jean-Patrice Tavea est chroniqueur dans l’émission « Le Grand Stade » de Just e-soccer. Directeur technique adjoint au club de Lévis-Est et entraîneur au sport-études de Pointe-Lévy, il est à l’origine de l’épanouissement de nombreux jeunes dans la région de Québec depuis ces quinze dernières années. 

 

Quelle est votre plus belle réussite dans le soccer?

Ma plus belle réalisation dans le soccer n’est pas forcément un trophée ou une médaille. Je dirais que pouvoir me réveiller chaque matin et avoir la chance de faire un métier, qui en réalité est ma passion, ça n’a pas de prix! Être en mesure de ramener le pain sur la table à la maison en allant éduquer de jeunes athlètes dans les valeurs saines et éducatives du sport, quel « KIFF »! Elle est là ma réussite aujourd’hui dans le soccer, car ça n’a pas toujours été facile.

 

Quel est votre plus beau souvenir de soccer comme entraîneur?

Il faut savoir que je suis très croyant et que je suis toujours à l’écoute des signes que la vie m’envoie. Il y en a qui appelle ça le feeling, d’autre la Foi. Voici le contexte : On est en 2019 et Je suis coach à Beauport en ligue élite. Suite au départ d’un entraîneur, le DT me demande de coacher une équipe de plus. l’équipe U14 masculine régionale pendant quelques semaines, le temps de trouver un éducateur. L’objectif de cette équipe était de monter en AAA afin que le club puisse avoir une équipe élite dans toutes les catégories de l’association. La saison a été difficile, laborieuse, certains ont voulu ma tête et un jeune a même changé de club en milieu de saison. Les joueurs et les parents n’y croyaient plus. Pourtant, il y avait un lien fort entre chaque jeune, chaque parent et entraîneur dans cette équipe.  Une équipe qui avait accueilli en son sein, un joueur spécial au nom de Jean-Aniel Assi et qui reste le plus grand supporteur de la team. C’était une vraie famille.  À force d’abnégation, on termine champion, on joue les matchs de barrage contre Terrebonne où on gagne 2-1 à l’extérieur à l’aller et on perd 1-0 à domicile alors qu’à la dernière minute du match, l’arbitre siffle un penalty contre nous. Si Terrebonne marque, on reste régionale et si elle rate on monte en provincial(AAA). Dans les buts, j’avais décidé de mettre le gardien numéro 2, qui n’avait pas beaucoup joué, question de foi, de feeling. Les prières des mamans qui avaient allumé un cierge le matin même à l’Église à fait la différence car mon gardien a arrêté le tir! On gagne la double confrontation. Scénario de film hollywoodien! La bise à Isabelle, Maggie et Dominique les plus adorables et crinquées des soccer MoM et à Benoît Pacaud mon fidèle adjoint.

 

Que représente pour vous le soccer?

Je viens de l’île de la Réunion et le nom de Tavea n’est pas inconnu aux gens passionnés de foot là-bas. J’ai rapidement baigné dans ce sport pour faire comme papa, qui était un top joueur locale. Quand ma mère, Anne-Marie, m’a inscrit au foot à 5 ans, elle ne se doutait pas qu’elle venait de tracer mon chemin de vie et que cela allait m’éloigner d’elle très jeune inévitablement. J’ai quitté le cocon familial à 14ans pour l’école et le foot. Je n’y suis toujours pas retourné sauf pour des vacances. Mes entraîneurs ont été mes parents de substitutions, même si ma mère était capable de m’appeler deux à trois fois par semaine et me parler pendant 3h pour me montrer sa présence, son support ou pour me gronder. Cette habitude n’a pas changé aujourd’hui, même à 32ans. On reste toujours un enfant aux yeux d’une mère apparemment malgrés les 9h de décallage entre nous.

Aujourd’hui, Je me réveille à 6h le matin et je regarde l’actualité du foot mondiale. J’enchaîne par une séance de Sport-étude à 8h30 et une deuxième séance à 13h. À travers cela j’ai la gestion du soccer à 11 au club de Lévis-Est ou je m’éclate, en plus des entraînements des équipes civiles le soir. Quand je rentre le soir, je regarde les résumés des matchs de la journée. Voilà la place que prend le soccer dans ma vie du lundi au vendredi. Grâce à Dieu, j’ai une conjointe et des enfants incroyables qui me permettent de vivre intensément cette passion. Mes fins de semaines sont à eux et le dimanche c’est le jour du Seigneur et mon match AAA, il ne faut pas arrêter trop longtemps :p.  Voila ce qu’est le soccer pour moi. C’est ma vie! 

 

Comment vous vous définiriez sur un terrain en tant que joueur ou coach?

Sur un terrain, je suis « Gro ker » comme on dit à l’île de la Réunion. Ça veut dire avoir beaucoup de caractère, être mauvais perdant, vicieux, Je ne n’abandonne jamais. Comme coach, je vie intensément mes matchs. Je me contrôle beaucoup mieux aujourd’hui et je donne l’impression d’être calme mais à l’intérieur je bouillonne! il y a quelques années je pouvais prendre 2 à 3 cartons rouge par saison comme entraîneur. Aujourd’hui, j’ai appris à mieux me connaître et mieux gérer mes émotions. Pour ce faire, j’ai pris le temps d’observer et de discuter avec des entraîneurs d’experience qui font partis des meilleurs à mes yeux au Québec. Salutation à Roxane Cavallo, Edmond Foye, Samir Grhib, Samir El akkati, Fabrice Lassonde… On apprend et on évolue en observant les gens qui ont entamé le chemin avant nous.

 

On vous tend un micro pour parler soccer. Qu’avez-vous à dire?

Beaucoup de choses! Pep Guardiola à dit après un match de Champions League : « Nous faisons des plans, et nous étudions des stratégies mais, à la fin un joueur déboule de nulle part et marque de la fesse et nous envoie en final. Le football est une science mais une science inexacte. »

Les idéologies dans le soccer sont mouvantes, on est toujours dans une zone grise. Il n’y a pas de soccer propre ou de soccer sale. Le soccer parfait n’existe pas. Il y a des idées, des réflexions, une logique et des athlètes. Il doit y avoir de la place pour toutes les sortes de soccer (tiki taka, kick and rush…). La pluralité d’animation dans le foot en fait sa beauté et son intérêt. Ayons plus d’échanges entre nous, les éducateurs, pour apprendre et comprendre l’autre pour grandir. Mettons les egos de côté et echangeons pour faire avancer le soccer au Québec! En d’autre cas, on se fera au moins de nouveaux amis.

 

Que pensez-vous de l’émission « Le Grand Stade »?

Quand tu démarres une émission sur le foot au Québec et que tu as Edmond Foyé, Philippe Eullaffroy, Christophe Dutarte, Samir Grhib, Steve Djouguela (le dictionnaire africain) comme chroniqueurs, tu sais que l’émission part sur de bonnes bases. Influence sport, avec mon ami Denis, ne s’est pas trompé en misant sur le projet et en apposant son image de marque. C’est une très belle idée et ce sera la première rampe de lancement pour réellement faire avancer notre sport. Le foot québécois manque clairement de visibilité mais le Grand stade lui permettra  d’être vu.  Bravo pour l’initiative et ce sera toujours un plaisir d’intervenir à l’émission tant que je serai pertinent pour y être.

 

Quel est votre rêve/objectif désormais?

Mes ambitions m’ont permis de vivre de belles expériences. J’ai pu ramener de beaux trophées et de belles médailles à la maison.  Toutefois, peu importe le palmarès, ce qui compte vraiment, c’est la trace qu’on laisse dans le coeur des joueuses et des joueurs que l’on a sous notre coupe. Je me donne réellement comme objectif, d’être la meilleure version de moi-même pour que les jeunes se sentent le mieux accompagné possible. Je veux être un vrai support pour eux. Je veux former et développer. Je veux tout faire pour que les jeunes continuent de rêver et de croire en eux! 

Le Grand Stade, du lundi au vendredi à 12h sur la chaîne Youtube Just e-soccer